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- Écrit par : Patrick Touchais
- Catégorie : Editorial Vignovin
Si la date de sortie de confinement annoncée par le président de la République ce lundi 13 avril est effective, la France aura vécu deux mois “sous cloche”, après le 11 mai. Enfin, pas tout à fait. Des secteurs d’activité, dont l’agriculture, ont tenté de continuer à travailler. En viticulture, les travaux dans les vignes ne manquent pas : fin de la taille, pliage des baguettes, travail du sol… En revanche, le commerce a été en berne chez bon nombre de vignerons, notamment ceux qui concentrent leurs débouchés vers la clientèle particulière ou le CHR. “J’ai mis en place un système de commandes en ligne avec un drive, mais je n’ai vu personne ; j’ai quand même fait quelques livraisons dans mon secteur chez des particuliers, mais ce sont des mini-commandes”, raconte ce vigneron angevin, qui a perdu 80 % de son chiffre d’affaires en mars, sauvé in extremis par des appels de supermarchés locaux avec qui ils traitent en direct, sans passer par les centrales d’achat.
Selon des données du cabinet Iri, les vins tranquilles ont limité la casse en grande distribution, avec un yoyo sur les trois premières semaines de mars : baisse de 1,8 % la première semaine, puis hausse de 1,2 % puis baisse à nouveau de 1 %. En revanche, les vins à bulles ont chuté de 53 % sur le mois de mars. Confirmation avec le président des négociants du Val de Loire, Bernard Jacob (directeur général d’Orchidées maisons de vin), pour qui, “la GD a fonctionné correctement jusqu’à fin mars. Ensuite, on a senti une baisse d’activité, sauf pour des produits à moins de 5 € TTC”. Côté export, les expéditions se sont poursuivies en mars, mais elles étaient souvent le fruit de commandes antérieures au confinement. Depuis les choses ont dû se tasser.
Et la suite ? Certains – optimistes – misent sur un effet rebond d‘après confinement, compensant peu ou prou, les pertes des deux mois d’activité au ralenti. Même si, pour des secteurs comme la restauration, des cessations d’activité soient à craindre. D’autres sont plus inquiets. Et en appellent d’ores et déjà aux pouvoirs publics. Le député européen Eric Andrieu, fin connaisseur de la chose agricole, a appelé l’Union à mobiliser des fonds pour à une aide à la distillation. Il estime à 10 Mhl, le surstock à éliminer, dont un tiers venant de France, essentiellement en AOC et IGP. Il demande un prix de 80 €/hl pour les producteurs, avec participation de l’Union et des états membres. Un appel relayé par la Confédération européenne des vignerons indépendants, présidée par le Rhodanien Thomas Montagne. “La Commission européenne doit très rapidement mobiliser des fonds européens permettant aux États Membres d’activer, selon leurs besoins et en toute subsidiarité, diverses mesures de soutien tels que stockage privé, vendanges vertes ou distillation. La Commission doit dans le même temps modifier sa législation afin de rendre possibles l’accompagnement budgétaire communautaire de ces mesures d’urgence”, écrivent les Vignerons indépendants dans un communiqué publié ce 14 avril.
Cela dit, cette crise sanitaire n’a fait qu’exacerber les difficultés de certains : Bordeaux en tête. Au-delà du coronavirus, les taxes Trump, la baisse du marché asiatique et un marché français pas franchement dynamique ont fait chuter le commerce. En parallèle, les vignobles en difficulté doivent aussi travailler sur l’adaptation de leur offre à la demande des marchés. De gros défis pour les mois – voire années – à venir.
Patrick Touchais
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