Editorial Vignovin - Mai 2019

 

Le gel reste une des inquiétudes des viticulteurs. Si aucune solution universelle n’existe à ce jour, de nombreuses innovations cherchent à traiter ce fléau avec des choix technologiques différents.

Dans le Médoc, trois hélicoptères ont survolé le vignoble du Château d’Arsac pour tenter de sauver sa future récolte du gel. Cette année, certaines parcelles en Bourgogne ont déjà perdu 20 % de leur production. Dans le Beaujolais, 2 500 ha ont été touchés, soit environ 20 % du vignoble. Tous les moyens sont bons pour éviter de revivre le spectre de 2017 où le gel fit des ravages tant dans l’Est de la France, qu’en Champagne, en Bourgogne, en Val de Loire, en Alsace, dans le Jura et même dans le Languedoc-Roussillon et le Sud-Ouest. Un malheur n’arrivant jamais seul, des épisodes de grêle suivirent faisant reculer la production française de 18 %, à son niveau de 1945 ! Au printemps, lors que les températures remontent, les premières feuilles et premiers bourgeons encore fragiles se voient couverts parfois de gel. Au lever du soleil le froid risque de « brûler » ces tissus embryonnaires en dessous des – 3°c. La solution : augmenter la température de la parcelle.

 

Bougies et Braseros

A ce jour, aucune solution sûre à 100 % existe pour prévenir une destruction partielle ou totale de la récolte. La plus usuelle passe par la pause de bougies (de la paraffine dans des boites métalliques) et des braseros dans les vignes pour augmenter la température. Cette solution efficace jusqu’à – 5°c ne fonctionne que pour les plus prévoyants qui auront prévu un stock suffisant de bougies. Autre technique, l’utilisation de chaufferettes bien moins écologiques avec leur consommation de fioul. Tous ces déploiements nécessitent beaucoup de main d’œuvre pour assurer une mise en place rapide suivie de l’allumage de chaque foyer. Une solution automatisable utilise des brûleurs à propane. Mieux, la technologie développée par Frosbuster emploie d’une turbine à gaz tirée par un tracteur à 10 km/h qui peut protéger environ 10 hectares pendant la phase critique de gel.

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Crédit Photo : Titouan Rimbault

Aspersion

Certains viticulteurs optent pour l’aspersion, une solution testée et recommandée notamment par la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire. Cette technique consiste à arroser la vigne sans arrêt pendant la période à risque à l’aide d’asperseurs espacés de 15 mètres à 20 mètres. Encore faut-il disposer du matériel, de suffisamment d’eau disponible à proximité et d’un sol enherbé pour éviter le ravinement. Une solution reste chère, entre 8 000 et 14 000 € par hectare, non finançable par les règles européennes, et difficile à mettre en place en coteaux. D’autres optent pour le brouillard artificiel comme K-30 VitiProtect. Déplacé sur un véhicule, ce thermonébulisateur dépose un voile protecteur en 4 heures sur 8 à 10 hectares avec son mélange d’eau (50 %) chargée d’huile végétale et oligoéléments bio. Cet appareil de 250 kg reste inopérant lors d’épisodes venteux.

 

Brasser l’Air

D’autres solutions consistent à renvoyer l’air en hauteur plus chaud pour chasser celui plus froid au sol. Avec l’usage d’un hélicoptère, l’appareil vole à 20 mètres de hauteur maximum. Cette technique n’apporte pas que des avantages. D’abord son prix. Prévoir 170 € l’hectare, 2 500 € la demi-journée. Ensuite, encore faut-il trouver un appareil disponible et à proximité car ces aéronefs ne peuvent voler que de jour alors que la phase critique du gel se produit le plus souvent aux premières lueurs matinales.

 

helicoptere vigne

 

Certains travaillent sur de gros drones à moteur thermique pour assurer un fonctionnement de plusieurs heures. Lauréat du concours Agreen Startup (2ème Prix) organisé par les Chambres d’agricultures, le drone Protégel fait l’objet d’expérimentations depuis 2018. L’appareil de 25 kg et 2 mètres d’envergure vole à 10 mètres de haut, 5 mètres dans une version qui intègrera des brûleurs, et suit un plan de vol préprogrammé. Reste alors les solutions plus simples comme les tours à vent fixes ou mobile, avec ou sans brûleur testées en Champagne et dans le Val de Loire. Compter 35 000 € d’investissement pour 5 ha et la bienveillance des voisins tolérants devant ces objets disgracieux dans le paysage et très bruyants à l’usage. En Nouvelle-Zélande, le Heat Ranger associe un brûleur GPL de 1 400 kW et d’un ventilateur industriel de 1 300 tr/min, délivrant un air aux alentours de 30 °c. La machine, qui mesure 5 mètres de haut, protège jusqu’à 20 hectares. En Amérique du Nord, SIS technologies et Shur Farms Frost Protection ont développé des systèmes inverses. Les machines aspirent l’air froid du sol et l’éjectent à environ 10 m de haut.

 

Chauffage Électrique

Si le radiateur électrique disparaît des maisons, son principe fait son retour dans les vignes notamment avec la société Alto Gel. Sa solution utilise les fils du palissage pour y fixer un fil électrique reliant des résistances mise sous tension lors des phases critiques.

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Crédit Photo : Titouan Rimbault

 

Barrière Physique

D’autres viticulteurs travaillent sur la couverture de la vigne (Viti Tunnel). Cette barrière physique limite également les traitements et protège la grêle. Apparues au milieu des années 90, les toiles hors gel ont été interdites par l’Inao en 2003 car elles modifiaient les caractéristiques du milieu et avaient donc un impact sur le terroir.  Une solution alternative passe par l’usage de bâches escamotables, voire motorisables et pilotées d’après les données des capteurs et/ou de radars. Une nouvelle expérimentation sera lancée sur Chablis.

La bataille contre le gel est bel et bien lancée. Reste encore aux viticulteurs à trouver ou attendre la solution qui permettra de couvrir ce risque à un coût acceptable.

 

Emmanuel Brugvin

 

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