Les moyennes décennales d’agence gouvernementale soulignent un avancement régulier de la date des vendanges depuis les années 1980. Le millésime 2020 devrait battre un record historique.

 

Dans les différents vignobles français, la récolte du raisin a débuté avec une semaine, parfois un mois d’avance cette année. Evénement exceptionnel ? Pas vraiment. Ce millésime confirme la tendance sur le très long terme d’une précocité persistante des récoltes. Certes, certains années connurent des récoltes tôt dans la saison comme celle de la fameuse sécheresse de 1976 qui débuta exceptionnellement en le premier septembre, ou 2011, le 23 août. Mais sur les longues périodes, la tendance s’installe se confime. Nous sommes loin des années 1980 où la plupart des sécateurs ne sévissaient pas avant la rentrée des classes. L’année 1980, dernières épisode tardif exceptionnel, avait connu des vendanges débutées le 27 octobre en Alsace, le 13 octobre dans le Bordelais.

 

Vérification statistique

Pour l’Observatoire national de la biodiversité, « L'avancée des dates de vendanges est corrélée essentiellement à l'évolution de la température. La date des vendanges est donc un marqueur efficace du réchauffement climatique et de la réaction de la végétation ». Les propos de cette agence gouvernementale sont corroborés par l’ONERC qui relève 18 jours d’écart sur 40 ans sur les moyennes décennales. L’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique met en avant la date des vendanges qui parlent au public mais souligne surtout des statistiques, plus marquantes pour les professionnels, sur la précocité des dates de floraison de la vigne.  

 

Sur le long terme

Cet indicateur souligne une corrélation irréfutable avec la hausse des températures. Depuis 1892, le vignoble de Saint-Emilion a changé de climat avec 10 °c supplémentaires en moyenne décennale avec des vendanges plus précoces dès 1988. La Champagne a gagné 20 jours en 20 ans ! En Alsace, les dates des principaux stades de développement de la vigne restent stables jusqu’au début des années 80. Ensuite, les dates de débourrement et de floraison gagnent environ 15 jours, celle de véraison environ 23 jours. En Côtes-du-Rhône méridionales, les relevés d’Inter-Rhône sur les 65 dernières années sur les parcelles de référence de Tavel et de Châteauneuf-du-Pape corroborent le phénomène.

 

2020 année emblématique

L’année 2020 ne fera que confirmer la tendance, voire son accélération. En vallée du Rhône, les vendanges de blanc ont commencé début août. La récolte a débuté le lundi 17 août dans la Marne et dans certaines communes de l'Aube. La récole 2020 en Champagne sera la plus précoce de l'histoire. En 20 ans, selon les données de l’Insee, les vendanges gagnent 2 semaines. Dans l’Hérault, la récolte des raisins a commencé la première semaine d’août. En Bourgogne, le calendrier aura pris un mois d’avance. En Côtes-du-Rhône septentrionales, Saint-Péray a ouvert le ban dès le 18 août. A Bordeaux, les premiers raisins destinés au crémant furent pressés dès le 13 août. Les rouges accuseront 15 jours d’avance avec un début de récolte autour du 10 septembre selon le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). En Loire, les vendanges devraient commencer à la même époque, avec 10 jours d’avance, avec un mois d’avance chez certains viticulteurs sur l’année précédente.  Aucune région n’est épargnée. La récolte débute le 24 août sur les coteaux de la Vézère en Corrèze.

 

Nouvelles références

L’année dernière avait également connu des phénomènes de chaleur exceptionnels. Le pic de température du 29 juin, proche des 45 °c, a provoqué des brûlures sur le feuillage des vignes. Pour le seul département du Gard, le phénomène a touché 2 500 hectares. La vallée du Rhône a été moins impactée par la canicule de juin, même si, par endroit, 20 % du vignoble a été touché. Face à une telle réalité, les climatosceptiques auront du mal à se faire entendre. Les questions de l’implantation de nouveaux cépages et de nouvelles méthodes de vinifications n’auront jamais été autant d’actualité obligeant les pratiques tant viticoles que vinicoles à s’adapter, voire se réinventer. Cette avancement des dates de récolte provoque enfin une pénurie de travailleurs saisonniers déjà impactés par les limites de circulation consécutive au Covid.

Emmanuel Brugvin

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