Début juin, le conseil spécialisé FranceAgriMer a été l’occasion de faire un tour d’horizon des situations par région viticole. Côté production, la tendance est plutôt à la baisse des transactions, ce sont les vins sans IG qui plongent avec -57% suivis par les IGP (-25%) et, loin derrière, les AOP (-3%).

En ce qui concerne la commercialisation en France, en plus de la fermeture administrative des CHR et l’annulation des foires et salons, les ventes en grande distribution ont été inégales : si les vins tranquilles se sont tenus pendant le confinement (-2,9%), les effervescents ont chuté de -20% en valeur (246 M€) et -17% en volume (3,6 millions de cols) à fin avril. C’est le champagne qui a le plus souffert de la situation puisqu’il a plongé de près de -63% en volume (et -61% en valeur) entre le 30 mars et le 26 avril. A l’inverse, les effervescents étrangers ont été moins impactés et le Prosecco affiche même une hausse de +3,6% en valeur.

Sur les marchés export, les ventes ont reculé de -2% en volume et -3% en valeur et la baisse sur les pays tiers inquiète les professionnels sur le long terme.

En complément des mesures d’aides gouvernementales, FranceAgriMer a approuvé la mise en place d’une mesure de distillation de crise, bénéficiant d’une enveloppe globale de 155 millions €, qui doit permettre de traiter 2 M d’hl. Les montants d’aide s’élèvent à 78€/hl pour les AOP et IGP et à 58€/hl pour les VSIG.

Selon les régions, les situations et les positions diffèrent : là où les stocks étaient déjà conséquents avant la crise du COVID-19, la proximité de la vendange fait craindre une trop grande accumulation dans les chais et un trop fort impact sur les trésoreries des domaines. Pour autant, l’envoi en distillerie constitue souvent un crève-cœur surtout quand les vins à distiller sont payés 3 fois moins chers que leur cout de production ou que la récolte à venir s’annonce limitée comme c’est annoncé en Côtes-du-Rhône. En Alsace ou en Champagne, la diminution des rendements, au moins pour la prochaine vendange, est en discussion permettant d’adapter l’offre en vins à venir à la réalité du marché. Par exemple, en Champagne, où la baisse des ventes atteindrait -30%, les négociations tournent autour d’un rendement de 7000 kg/ha contre 10 200 kg/ha l’an passé. A Bordeaux, le succès des bag-in-box et l’activité à l’export n’ont pas empêché que les stocks s’accumulent, passant de 1 an et demi à presque 2 ans. Le recours à la distillation n’y est alors pas du tout écarté, comme dans le Val de Loire.

La majeure partie des efforts réalisés dans les régions à travers des plans de financement de campagnes de communication (InterLoire, Côtes-du-Rhône, Occitanie ou Alsace) ciblent particulièrement la clientèle française voire même locale, et des régions comme l’Alsace ou la Provence fondent beaucoup d’espoir sur la venue des visiteurs estivaux pour re-booster leurs ventes. A plus long terme, une petite voix monte qui appelle, au-delà des décisions conjoncturelles, à des changements plus structurels au plan régional qui permettraient d’apporter des réponses plus adaptées aux diverses crises que la France va traverser. Car cette crise aura surtout précipité les changements déjà à l’œuvre depuis plusieurs années.

Nathalie Costa

 

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