Ces deux dernières années, la viticulture est devenue le leader de la démarche Haute Qualité Environnementale lancée de longue date par les pouvoirs publics. Cette démarche engagée pour la préservation de la planète reste encore méconnue du grand public.

 

Née en 2011 à la suite du Grenelle de l’Environnement lancé trois ans plus tôt, la certification HVE, Haute Valeur Environnementale, permet de reconnaître les exploitations agricoles engagées dans la protection de la biodiversité, une stratégie phytosanitaire ainsi qu’une gestion de la fertilisation et de la ressource en eau. Si le démarrage fut long, ces deux dernières années voient un engouement rapide pour la formule par la filière viticole. Les États généraux de l’alimentation de 2017 ont accéléré la prise de conscience des metteurs en marché.

 

Demande sociétale

Prendre le sujet à bras le corps devient une question de survie pour la filière tant l’impact environnemental apparaît aujourd’hui comme une des préoccupations importantes des citoyens, notamment des plus jeunes. Selon l’étude Kantar Food 360 publiée en novembre dernier pour le Sial, 63 % des consommateurs estiment que bien choisir son alimentation est un engagement sociétal. Selon Sowine, 57 % des sondés se disent prêts à acheter plus cher un vin engagé dans une démarche respectueuse de l’environnement.

 

Les vignerons s’engagent

Les interprofessions viticoles n’ont de cesse de promouvoir la démarche. Sur le terrain, une coopérative comme « Nous, les Vignerons du Buzet » revendique, depuis la fin de l’année dernière, 95 % du vignoble de ses coopérateurs en bio (330 ha) et HVE niveau 3 (1 696 ha). Les viticulteurs du Ventoux annoncent 56 % de leur vignoble certifié et visent la totalité du parcellaire dès 2023.  A l’été 2020, la France est passée en un semestre, à 5 399 exploitations HVE, soit une augmentation de 52 %, et ce, malgré le confinement du printemps qui a fortement entravé le déroulement des audits. Le vignoble français tire la démarche vers le haut avec, à lui seul, 82 % des exploitations agricoles certifiées HVE.

 

HVE en canettes

Bordeaux reste le leader incontesté. La Gironde réunit 24 % des exploitations certifiées. Des domaines misent sur le 100 % HVE comme Baron Philippe de Rothschild avec Mouton Cadet. Pour toucher les jeunes, le Cellier des Dauphins, le plus gros embouteilleur de la vallée du Rhône avec 35 millions à 40 millions de cols par an, décline cette année sa gamme en trois couleurs d’IGP Drôme « Origines » en HVE. L’union de caves vise particulièrement les jeunes avec une déclinaison en canettes aluminium recyclables. Auchan vient de référencer le produit.  

 

Distributeurs mobilisés

Les volumes de bio, même en croissance de 4,2 % en 2020 et de 6,45 % en valeur en 2020, restent encore limités pour répondre à la demande. La grande distribution se rabat sur le HVE aux tarifs plus contenus. Depuis 2017, Franprix a décidé que toute sa gamme vins à sa marque opterait pour l’HVE. Intermarché déploie une famille de produits dès 2019 avec 800 000 cols vendus. L’enseigne compte aujourd’hui 40 références et vise 100 % de l’offre à ses marques dès 2025. Le nombre de références HVE est passé de 22 à 100 lors de la dernière foire aux vins chez Carrefour Market.

 

Aides publiques

Pour accélérer le mouvement, le gouvernement a mis en place un crédit d’impôt aux entreprises certifiées HVE de 2 500 € pour 2021, soit 76 M€ inclus dans le Plan de Relance. L’Etat vise, chaque année, un doublement des certifications pour atteindre 50 000 exploitations agricoles en 2030. En comparaison, le crédit d’impôt pour l’agriculture biologique s’élève à 3 500 €.

 

Démarche progressive

Pour rendre le dispositif accessible à la production, la démarche comprend trois niveaux pour avancer étape par étape. Le niveau 3 couronne les deux premiers, le respect de la réglementation, puis des techniques à faible impact environnemental. Il y ajoute un haut niveau de biodiversité ainsi qu’une faible dépendance aux intrants (phyto, engrais, énergie, etc.) garants d’une agriculture à la fois autonome et peu dégradante pour les sols. Ce n’est qu’au niveau 3 que les exploitations agricoles peuvent arborer sur leurs produits le logo basé sur les principes de l’agroécologie, « mais qui n’interdisent pas les produits chimiques » dénoncent la Confédération paysanne, Agir pour l’environnement, le Synabio et France nature environnement, pourtant l’un des instigateurs initiaux du label.

 

Déficit de notoriété

A ce jour, ni le sigle de HVE, ni son logo bénéficient encore d’une vaste reconnaissance des consommateurs. Seul le bio dispose d’une véritable notoriété dans les linéaires. Ce n’est qu’en 2014 que le ministère de l’agriculture dévoile un logo au Salon des vignerons indépendants. L’Etat, promoteur de la démarche, n’a pas encore lancé une campagne de promotion auprès du grand public.  Le gouvernement veut, peut-être, éviter de provoquer des polémiques chez ceux qui trouvent qu’il va trop vite ou, à l’inverse, trop lentement dans la transition écologique.

Emmanuel Brugvin

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